Ça n’est un secret pour personne : un des membres de cette famille affectionne les vieilles pierres un tout petit peu plus que les autres et pourrait en manger matin midi et soir sans se lasser – ou presque. Il a plus de 40 ans et ce n’est pas une femme. Conscient que l’accumulation pouvait nuire à la passion, le membre en question a consenti à (légèrement) aménager le calendrier des visites ces derniers jours pour y inclure des pauses afin de souffler un peu, par exemple autour d’une piscine. Ce qui n’est d’ailleurs vraiment pas du luxe quand il fait 36°C de chaleur humide sur les sites historiques en plein milieu de la journée. Du coup le membre en question, dont nous tairons l’identité afin de préserver son anonymat, s’est parfois retrouvé à visiter certains sites tout seul, uniquement accompagné par son courageux cadet, l’héroïque Florent, toujours prêt à repartir.

La suite du programme après la « Part 1 », c’étaient les anciennes capitales de Polonnaruwa et Anuradaphura. Pour remettre les choses dans l’ordre, Anura (ne faisons pas de chichi, appelons-la Anura) la plus ancienne, date d’environ 2000 ans quand Polo (elle aussi a droit à son petit surnom) qui l’a remplacée date plutôt de 900 ans au max. Forcément, ça se ressent légèrement sur l’état de conservation des bâtiments : à Anura, il n’y a quasiment plus rien qui dépasse 1m au-dessus du sol, si ce n’est les dagobas (un dagoba c’est comme un stupa mais au Sri Lanka). A Polo par contre, c’est plus varié.

Polonnaruwa, c’est un site qui, à la manière d’Angkor, a été extrait de la jungle. Si on remontait le temps de seulement quelques dizaines d’années, on n’y verrait rien d’autre que quelques tas de pierres (Audrey la mauvaise langue dirait que ça n’a pas changé). Le lieu était tombé plus ou moins dans l’oubli alors qu’il s’agissait d’une cité gigantesque, une des plus importantes d’Asie du Sud, s’étendant sur des hectares, le tout alimenté en eau par des réservoirs immenses, toujours en fonctionnement aujourd’hui. Bref c’est l’occasion de sortir le fouet et le chapeau et de jouer les Indiana Jones.

A défaut de fouet, le meilleur ami du touriste ici, c’est le vélo (et la crème solaire) : les différentes ruines sont assez éloignées les unes des autres et c’est particulièrement agréable de circuler dans les allées ombragées.

On navigue d’un temple bouddhique aux influences hindoues à un bassin en forme de fleur de lotus, d’une quasi cathédrale vers une rotonde incroyablement gracieuse (ça s’appelle un vatadage), d’un dagoba jusqu’à un petit temple aux colonnes dansantes et très finement sculptées.











Et en cadeau bonus pour les enfants, des animaux se baladent au milieu. Des daims, souvent, mais aussi des écureuils géants pas farouches !



Mais la vrai star du lieu, le clou du spectacle, ce sont quand même les quatre magnifiques statues de Bouddha taillées directement dans le rocher. Les visages sont particulièrement fins, les traits sont expressifs et le souci du détail dans les plis des vêtements est impressionnant. On aurait pu passer longtemps à les contempler (peut-être aussi parce qu’on avait trouvé un chouette coin à l’ombre).






Dans les environs de Polo, il y a un site qui branchait particulièrement l’amoureux des ruines. Un site complètement isolé, à peine décrit dans les guides : Medirigiriya (dont il y a une photo également en tête d’article). Tellement isolé que le gouvernement sri lankais a oublié d’en rendre l’entrée payante (fait hautement inhabituel dans un pays où l’entrée – pour les visiteurs étrangers – des sites majeurs est passée à 30$ par personne, ouch !) et qu’il faut passer sous une barrière cadenassée pour y pénétrer. Evidemment, pas un seul touriste à la ronde. Juste le calme et la lumière du soir pour Florent et son père devant un site magnifique, empreint de mysticisme.






Pour s’y rendre, pas d’autre solution que de se faire quasiment une heure de tuk-tuk. Un des avantages de ce moyen de transport, c’est qu’il est naturellement ventilé. Mais surtout, cela permet de regarder le paysage au plus près, sans l’obstacle de la vitre de voiture et de dire facilement au chauffeur « On peut s’arrêter là ? Ça a l’air intéressant ». Du coup sur le chemin du retour, un stop pour aller voir les gens qui font sécher du riz directement sur le bitume (il faut dire que c’est bien pratique cette grande surface plane et chaude). C’est fascinant: on pourrait croire que le riz serait irrémédiablement noirci sous les pneus des voitures et camions mais absolument tous les véhicules font l’effort de passer à côté, même quand le riz occupe une voie entière !



Autre expérience sympa à Polo : un dîner à la ferme, avec les produits du jardin, disposés dans un buffet traditionnel. Honnêtement, l’installation ne payait pas de mine (les chiens nous aboyaient dessus à l’entrée): une maison très simple au bord des rizières, quelques tables sous un toit de chaume. Mais en cuisine, plusieurs hommes s’activaient sur des feux de bois pour faire cuire de nombreux plats et râper les noix de coco. Au moment de la mise en place du buffet, nous avons été ébahis par la quantité de plats proposés (surtout qu’à part nous, il n’y avait qu’un autre couple de français…) : de l’aubergine caramélisée, de la coco au piment, des haricots, du dhal, du jacquier, de la citrouille, de la mangue, plusieurs sortes de riz, du poisson, du poulet… De l’épicé (ou du très épicé !) comme du pas épicé. Pour nous orienter dans nos choix, un légume de chaque sorte était placé à côté du plat comme une étiquette, chacun se servant dans une feuille de lotus. Les enfants ont accepté de goûter pas mal de trucs et il faut dire que c’était vraiment délicieux. Mention spéciale au hopper (sorte de crêpe ronde) fourré au sambol coco !




Allez, il reste encore trop de trucs à raconter, on finira dans la « Part 3 ». De toute façon il n’y a pas une bonne aventure hollywoodienne qui ne finisse pas en trilogie…

