Après trois semaines passées à moins de 10 km d’une plage, nous avons bifurqué direction plein est pour entrer de plein pied dans l’outback australien. Direction les terres rouges du centre, riches en fer et en cités minières. Sur la route, on croise d’énormes road trains (des camions avec 4 remorques derrière) qui charrient des tonnes du précieux minerai. Mais bien entendu, si nous avons enchaîné les heures de route, ce n’est évidemment pas pour découvrir les charmes de l’excavation à ciel ouvert. Non, notre but final, c’était le parc national de Karijini.

Petit aparté : c’est fou comme il est facile de se faire 6h de route non stop en Australie. En France, quand on annonce 6h de route, on a tout de suite l’impression que c’est le bout du monde. Et on a le sentiment d’être crevé quand on arrive. Ici, on s’est surpris à dire plusieurs fois : “4h pour aller là ? Ça va c’est tranquille, c’est la porte à côté !”. La différence tient sans doute au stress lié à la conduite. Ici pas de bouchons, pas de croisements, peu de dépassements à faire. Juste de longues lignes droites avec du rien autour où l’on peut tracer à 110. Le seul risque, c’est la monotonie ! 🙂

Mais revenons à Karijini. Un parc national installé sur des terres aborigènes avec l’accord de ces derniers (l’histoire ne nous dit pas avec quel degré de persuasion cet accord a été obtenu). Un parc installé sur les plus hauts reliefs de l’Australie Occidentale. Oh, ça ne va pas chercher bien haut, mais ça contraste fort avec la platitude des plaines environnantes. On navigue ici entre de jolies collines, des falaises et des “mesas” que ne renieraient pas les paysages d’Arizona ou du Nouveau-Mexique. Et les stars de ce parc, ce sont les gorges. Il en existe une douzaine officiellement. Huit sont ouvertes au public. Mais seulement 4 quand nous y étions. C’est un poil frustrant d’arriver au bout du monde pour trouver porte close, surtout quand les gorges en question sont fermées afin d’améliorer les routes d’accès alors qu’on dispose soi-même d’un 4×4 capable de passer tous les obstacles. Mais bon, c’est le jeu, et on le savait avant d’y arriver. Et soyons beaux joueurs, il y avait largement de quoi s’occuper avec ce qui restait ouvert.

La première journée fut consacrée à atteindre la gorge la plus lointaine et la moins accessible de toutes (50 km de piste) : Hamersley Gorge. Au palmarès final, ce fut finalement notre préférée. Pas très profonde mais parfaite pour une baignade. Car oui, il faut le préciser : si dans le reste de l’Australie Occidentale (du moins la partie qu’on a déjà traversée), absolument tous les ruisseaux sont à sec, l’aridité ne semble pas avoir de prise ici. C’est un peu miraculeux mais même au plus fort de la saison chaude, les rivières coulent toujours dans ce petit paradis, offrant aux randonneurs le plaisir d’une trempette bien méritée.

Une gorge très « ludique » avec des toboggans naturels, un petit bassin caché où coule une adorable cascade, des endroits depuis lesquels faire un petit saut et une eau à température idéale !









Autre ambiance pour la gorge suivante, celle de Joffre (nom bizarrement français, quel rapport avec le maréchal ?) : bien plus profonde, plus encaissée, plus sombre aussi (mais il faut dire qu’on y est entré en fin d’après-midi). Mais un spectacle grandiose : des falaises à pic, des roches striées de noir et de rouge, des passages étroits à explorer, des bassins où se baigner, des nuées de cacatoès volant au dessus de nous et pour finir la découverte presque par hasard d’un immense amphithéâtre occupé par une toute petite cascade (qu’on imagine bien plus violente à certains moments de l’année). Du grand spectacle !



Un vrai terrain de jeux !






Vers l’immense « amphithéâtre »…





Le lendemain, gros changement d’ambiance avec la gorge de Kalamina. Complètement perdue au milieu des autres et sans doute sous-estimée, elle ne présente pas les mêmes dimensions que ses voisines. Moins profonde, moins spectaculaire, elle n’en dégage pas moins un charme fou. Déjà parce que nous y étions absolument seuls sur les trois heures que nous y avons passé (excepté les 10 dernières minutes OK). Mais en plus parce que la randonnée consiste à suivre le fond de la vallée occupé par un charmant ruisseau qu’on croise et recroise sans cesse: un vrai truc régressif pour retourner en enfance. Le tout pour finir en beauté sur un joli bassin surmonté d’une arche rocheuse. Que demander de plus ?








On gardait pour la fin les gorges de Dales : les plus grandes, les plus profondes, les plus impressionnantes par leur dimensions sans doute, peut-être l’équivalent australien du Grand Canyon. Là aussi, petite rando sur le promontoire rocheux en fin d’après-midi, quand le soleil rasant donne une couleur rouge sang aux rochers. Au fond de la vallée, l’eau est tellement présente que nous y avons traversé la première forêt depuis que nous avons quitté Perth. Le fond de la gorge est un véritable éden vert. Au bord de l’eau, les eucalyptus dressent leurs troncs formidables tandis que les racines des ficus forcent le passage entre les roches jusqu’à l’eau. Au bout du chemin, de splendides cascades (les plus grandes du parc) s’écoulent dans un bassin transparent (où nous nous sommes baignés, bien entendu), bassin lui-même dominé par un autre lac profond et peuplé de poissons mangeurs de peaux mortes (comme aux Philippines, à Siquijor, sauf que ces poissons-là au bout d’un moment, ils ouvrent la peau et font sacrément saigner ! Oh ça va les voraces !)










Au final, avec tout ce qu’on a pu faire, on n’a même pas ressenti de manque quant aux gorges non accessibles. Avec tout ce qu’on a vu, parcouru, escaladé, nagé, admiré, on a déjà largement de quoi se remplir la mémoire en souvenirs impérissables. Vraiment une superbe étape : on conseillerait à tout le monde de faire ce (tout petit) détour de quelques centaines de kilomètres sur la route de Darwin. Des kilomètres justement, il y en a un sacré paquet qui nous attend sur la route de Broome, notre prochaine destination (et depuis le départ, on a déjà roulé sur plus de 4000 bornes !). On vous recontactera sans doute de là-bas !

