Voyager c’est aussi parfois accepter de ne pas avoir tout prévu et de laisser les choses venir à soi. Bon, on peut le dire tout de suite : ce n’est absolument pas ainsi que nous avons vécu nos deux premières semaines au Kenya ! Tout y était parfaitement pensé, réglé, planifié (par contre pour les pays suivants c’est l’inverse, on n’a RIEN prévu). Et c’était ce qu’il fallait pour les enfants (même si le rythme était fatigant). Du coup, je (c’est à dire Vincent) doit reconnaître qu’une certaine envie de me promener « comme avant », quand nous étions Audrey et moi un jeune couple à peine marié, commençait à me titiller. Prenant pour prétexte lavisite d’un point Unesco, je suis allé passer seul la journée à Mombasa, abandonnant la famille, toute heureuse de me laisser partir pour continuer à la jouer relax à la plage.
Comment rejoindre la grande ville ? On me dit de louer un taxi. Mais y a pas des bus locaux ? Ah si y a les matatus (minibus blindés de monde) mais pas pour toi. Pourquoi, ça craint ? Non, mais tu vas être serré ! Heum, je pense que j’y survivrai… Alors en route.

Arrivé sur la grand-route du coin, au niveau d’une station essence, effectivement je détonne. Les gens se demandent à voix haute ce que je fous là et j’entend mzungu (« le blanc ») plus souvent qu’à mon tour. Mais je trouve un matatu et, privilège suprême, on m’assoit au plus près du chauffeur. J’aurai le plaisir de sentir sa main caresser ma cuisse pendant tous le trajet, à chaque changement de vitesse. Je paye un peu plus que les locaux mais c’est de bonne guerre, je marchande à peine histoire de garder en vie les traditions.

Arrive le passage du ferry et, bonne nouvelle, le passage est gratuit pour les piétons. Comme le spectacle autour de moi. La foule est énorme. Ça se croise dans tous les sens. De chaque côté de la rive, des centaines d’échoppes vendent tout et n’importe quoi aux milliers de passagers. Ça sent un peu les égouts, beaucoup la sueur, ça crie et ça klaxonne mais c’est sacrément vivant et joyeux.



Une fois sur l’île de Mombasa, je marche quelques centaines de mètres pour sortir du marché et trouver un autre tuk-tuk pour me conduire dans la vieille ville. Au Fort Jesus, le MacGuffin de mon expédition d’aujourd’hui. Un fort portugais taillé dans le corail (littéralement) puis pris et repris par les arabes et les musulmans.


Pas inintéressant mais au final bien moins chouette que la vieille ville au milieu de laquelle il trône. Le charme agit aussitôt qu’on s’enfonce dans le lacis de ruelles alentour. Ça me rappelle très fortement Stone Town à Zanzibar. Une vieille ville swahilie, aux maisons de corail, aux portes de bois sculptées, avec des terrasses, des balcons, des persiennes.



Le tout témoin d’une richesse passée mais plutôt décrépie (voire en ruines) aujourd’hui. Oui ça mériterait d’être mieux entretenu, mais ce charme désuet joue en faveur du lieu. Les rues sont animées sans être bondées, on sent qu’il y a des gens derrière ces persiennes, ces portes, ces cours… Je rentre dans un atelier de tissage, puis dans le petit marché aux poissons. Impossible de rentrer dans le vieux port mais je vois de loin deux dhows amarrés, ces bateaux entièrement en bois avec lesquels les arabes parcouraient l’océan indien.



L’architecture des maisons reflète les influences des divers envahisseurs: portugais, arabes, anglais, mais tout a été au départ construit en corail, comme le fort.





Un poil abattu par la chaleur torride, je me pose sur un banc à l’ombre et regarde passer les gens. Seul touriste et seul blanc du coin. Du coup les gens viennent spontanément pour entamer la discussion.
Un gars s’assoit à côté de moi : il aimerait intégrer la légion étrangère ! Et si ça ne marche pas ? Ben il ira combattre en Russie ! On discute de religion (ici c’est 90% musulman) de tout et de rien. A peine me lève-je qu’un autre gars, assis avec ses potes sur des chaises en plastique, me hèle. Il parle un bon anglais. De fil en aiguille, il me dit qu’il parle japonais. Je suis dubitatif. Essaye pour voir ? Il me sort des phrases dans un japonais étonnamment bon (en tout cas super crédible, pour ce que j’en sais). Il a été marié à une japonaise et a vécu là-bas pendant plus de 10 ans. Il a deux enfants toujours au pays qu’il n’a pas vu depuis 15 ans. Puis il a épousé une philippine. Et maintenant il est seul ici (il y a des gens qui ont une vie VRAIMENT mouvementée, ça fait réfléchir). Et tant pis si ce qu’il raconte n’est peut-être pas tout à fait vrai, l’histoire se suffit à elle-même.
Je repars, prend un café aux épices, spécialité du coin. Puis m’arrête faire tailler ma barbe dans un barber-shop placé dans un ancien entrepôt. C’est chouette de prendre le temps.


Je repars au hasard des rues avant de me diriger vers ce qui semble être un temple hindou. Je n’ai aucune idée de ce que je vais voir mais c’est un but comme un autre. Le temple est coincé entre deux rues sans âme et une décharge. D’extérieur ça ne paye pas de mine et j’hésite à faire demi-tour quand le gardien me voit et m’accoste avec un grand sourire. Il est chrétien. Gardien d’un temple hindou. Dans une ville musulmane. Et surtout très heureux de me parler et de trouver un touriste avec une attitude un peu différente. Je rentre dans le temple et il se trouve qu’il est doublement rafraîchissant : par son décor « baroque » bien sûr mais aussi parce c’est un havre de paix et de verdure parcouru par les courants d’air, et que par cette nouvelle très chaude journée, ça ne fait pas de mal.



Au final très chouette expérience à Mombasa. Bien plus par ce que j’ai vécu et ressenti que par ce que j’ai vu. Toujours bon de se remettre ça en tête…
Et d’ailleurs par plus tard que le lendemain, on a remis ça, cette fois en famille. Encore une fois sous prétexte de visiter un site UNESCO, nous avons parcouru plusieurs kilomètres de piste pour rejoindre la forêt sacrée de Kaya Kinondo que rien n’indique nulle part, perdue qu’elle est en dehors de tous les sentiers touristiques. Là encore, pas d’autres touristes, juste du calme, du silence, des arbres tordus dans tous les sens, des papillons, des lianes, un guide très sympa… et une chaleur humide à mourir (tout n’est pas toujours idyllique).







Et même quelques primates sur le chemin du retour !





Et oui ça fait deux articles en deux jours ! Inhabituel non ? (même s’il est difficile de parler d’habitudes en si peu de temps). Il se trouve que nous avons du très bon wifi ici, et surtout, encore plus important, du temps devant nous. On en profite donc, ça risque de ne pas être le cas dans les jours à venir. On vous dit par conséquent à un de ces jours et on vous remercie pour vos retours si positifs. Quant à ceux qui n’osent pas commenter, ne faites pas les timides, ça nous ferait vraiment plaisir de vous lire !

