Carrément notre tasse de thé…

Le dernier article se concluait sur le fait que nous partions chercher la fraîcheur dans les montagnes sri-lankaises. On ne croyait pas si bien dire: à Nuwara Eliya d’où nous écrivons cet article, plus haute ville du pays perchée à 1900m, on supporte largement sa petite laine le soir et ses deux couvertures la nuit (il n’y a pas si longtemps, on n’imaginait pas dormir sans un ventilateur tournant en continu). C’est grâce à ce climat frais (mais pas trop, il ne gèle quasi jamais) que les anglais ont choisi cette région pour en faire une zone de production du thé (après avoir essayé le café, mais non ça n’a pas pris, ça ne tient vraiment à rien de créer toute une culture…). Les montagnes ont été patiemment aménagées, des dizaines de milliers de théiers ont été plantés et au moins dix fois plus de tamouls ont été ramenés d’Inde du Sud exprès pour cultiver tout ça. Encore aujourd’hui, ce sont ces mêmes tamouls hindouistes (contrairement au reste de la population qui est bouddhiste) qui cultivent le thé, tâche on ne peut plus difficile et assez mal rémunérée.

Nous avons commencé notre voyage dans les montagnes par la ville d’Ella. C’est un peu la grosse station touristique du coin. Beaucoup d’hôtels et de bars à touristes et un centre-ville pas des plus intéressants mais dès qu’on s’éloigne un peu, ce qui fut notre cas, on découvre de charmantes pensions tenues par des gens qui ne le sont pas moins, au calme au milieu de la verdure avec une vue sur les cascades et les falaises.

Forcément, nous avons commencé notre séjour par la visite d’une plantation de thé. Parmi toutes celles qui existent dans la région, nous avions arrêté notre choix sur la bonne car la visite fut tout à la fois longue, détaillée ET intéressante (même pour les enfants). On ne vas pas vous refaire ici toutes les étapes de production mais en gros, il faut des kilos et des kilos de feuilles pour sortir un petit sachet de bonne qualité. Ce qui manque sur nos photos c’est l’odeur : l’usine embaumait le thé à tous les étages !

Et après la visite, place aux chose sérieuses : la cueillette. Activité exclusivement pratiquée par des femmes qui doivent récupérer à la main uniquement les jeunes pousses tendres et vert clair au sommet de chaque arbuste. Obligation de rapporter 20kg par jour (et une feuille, ça ne pèse pas lourd). Au bout d’une semaine, les feuilles ont repoussé et on peut ratiboiser de nouveau le même théier. Alors histoire qu’on se rende compte, on nous a mis un panier sur le dos (enfin sur la tête plutôt) et lâché dans la plantation, charge à nous d’en rapporter le plus possible en 30 minutes. Remarque des enfants: « mais en fait, on a payé pour se faire exploiter ? ». Ça ne les a pas empêcher de s’y atteler avec tout le sérieux du monde.

Mais tout ce thé une fois produit, il fallait bien l’exporter, non ? Là aussi, les anglais n’ont pas fait les choses à moitié puisqu’ils ont construit une ligne de chemin de fer grimpant dans les montagnes, en connexion directe avec le port de Colombo. Evidemment, au vu de la topologie du coin, ça tourne dans tous les sens, ça passe dans des tunnels et surtout sur de magnifiques ponts comme le très fameux Nine Arches Bridge. Et si jamais vous vous demandez si les trains passent toujours, oui c’est bien le cas. Quotidiennement. Et non, ça n’empêche personne de marcher sur les voies.

C’est d’ailleurs cette même ligne de train que nous avons empruntée dès le lendemain pour rejoindre la ville voisine d’Haputale. Voyage qui pouvait rappeler un jour ordinaire de métro parisien. Dire que les wagons débordaient est un doux euphémisme. Mais nous étions le week-end et beaucoup de sri-lankais se déplacent sur les jours de samedi et dimanche. Qui plus est, le tronçon Ella-Haputale est un des plus fameux du pays pour son parcours pittoresque au milieu des plantations de thé. Sans réservation, quasi impossible de s’asseoir : on a donc pris notre mal en patience (et le retour le soir-même a été beaucoup plus cool).

Haputale, c’est le centre névralgique du thé. Pas un espace autour de cette ville perchée sur une crête qui ne soit dédié à sa culture.

La ville, campée au-dessus de la brume

Et c’est ici en particulier que sir Lipton – oui, celui des sachets – acheta sa première plantation et créa son empire. Au sommet d’une des collines dominant les environs, il aimait dit-on méditer en regardant les ondulations vertes des arbustes qui faisaient sa fortune. C’est pour cette raison que le lieu s’appelle aujourd’hui Lipton’s Seat, et c’est précisément là que nous nous sommes rendus (en tuk-tuk à l’aller, à pied au retour). Avec un plaisir particulier pour Florent qui a eu le droit de prendre les commandes de notre bolide décoré aux couleurs de la France.

Pas besoin d’en dire beaucoup sur les paysages, les photos parlent sans doute d’elles-mêmes. Le lieu est incroyablement enchanteur.

Au milieu des plantations, quelques petites maisons mais surtout de nombreux sanctuaires hindouistes nous rappellent quelle population travaille ici.

En chemin, on a croisé tellement de gens sympathiques qu’on n’en finit plus d’aimer les sri-lankais. Même les chauffeurs de tuk-tuk, pourtant rarement les personnes les plus appréciées des touristes sur le continent indien, sont ici des gens adorables (notre chauffeur du jour a tout fait pour qu’on voit le maximum de choses, nous conseillant sur les itinéraires à suivre à pied). Et spontanément, de nombreuses personnes souhaitent être prises en photo avec nous. Les enfants en particulier ont pas mal de succès (surtout Estelle avec ses bouclettes) ! On est trop heureux d’accepter.

Fin de randonnée splendide sous la lumière déclinante de la fin d’après-midi…

Depuis, nous avons continué notre voyage vers le nord: Nuwara Eliya et environs en premier lieu (dont nous vous parlerons dans un prochain article). Puis nous nous rendrons au pays de Kandy (c’est vraiment impossible de ne pas faire de jeu de mots avec les toponymes du Sri Lanka !) la capitale culturelle du pays. A très bientôt !


5 réponses à « Carrément notre tasse de thé… »

  1. Avatar de lancien
    lancien

    Des images somptueuses (pub gratuite : béni soit mon écran Rétina qui nous permet d’en profiter à fond dans les moindres détails) et un commentaire dont la sincérité de l’enthousiasme ne laisse pas place au doute : de quoi nous ravir et nous réjouir pour vous. J’ai aimé le commentaire réaliste des petits « on a payé pour travailler », mais pas sûr que votre rendement aie quelque chose à voir avec celui de la travailleuse tamoule de base. Quel bonheur de les voir souriants. Belle façon pour eux de découvrir le monde.

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  2. Avatar de Mamou
    Mamou

    Époustouflant ! Paysage grandiose. Je ne peux m’empêcher de penser « pourvu qu’aucun parasite ne s’attaque à ces plantations ». C’est extraordinaire de voir que toutes les collines sont consacrées à une unique culture. Je pense que cette journée a dû être enrichissante pour nos petits enfants et leur faire approcher la réalité du travail dans les plantations. Bravo à votre organisation 👍​👏​🤩​

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  3. Avatar de Anne
    Anne

    Wahouuuu les photos sont encore une fois superbes, ce vert tendre est tout simplement magique !!!
    J admire vraiment vos enfants qui ont l’air supra cool quand même et vraiment super curieux 🙂

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  4. Avatar de Couturier Nicole et Jacques
    Couturier Nicole et Jacques

    je regarderai désormais ma tasse de thé avec  » une certaine disposition du regard  » ( S.Tesson ) La sérénité envoyée par ces paysages nous ferait vite oublier le chemin du théier à la tasse. Les enfants sont gracieux dans leur cueillette. Merci pour ces belles images, ces commentaires intéressants. Je vais aller boire ma tasse de thé, bonne route à tous. A bientôt. N.C. ( la Voisine)

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  5. Avatar de Chicouf
    Chicouf

    Nous avons trouvé très amusant la réflexion de nos petits enfants à propos de leur exploitation, preuve qu’ils sont bien éduqués économiquement.
    Nous savourerons beaucoup plus notre thé dorénavant, sachant qu’il est l’œuvre de Yoann, Florent et Estelle.
    Au vu des voyageurs circulant sur les voies, le vieux ferrovipathe se demande quel était le mode de traction du train, à vapeur, diesel ou avec des gandy-dancer.
    🚂🚄🚍🚝🚈🤣

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