Nous y voilà ! Où ça ? Dans LA partie touristique du Sri Lanka ! Oh, il serait faux de dire que le sud n’était pas touristique, c’est même le contraire (surtout le long des plages): là bas, c’était blindé de russes (oui, visiblement les divers embargos ne freinent pas l’exportation de touristes russes). Quand on va dans un restaurant et que la seule langue étrangère portée sur le menu est le russe, c’est que l’émigration ne date pas d’hier. Donc OK il y a plein de touristes dans le sud. Mais honnêtement, en France, quand on parle du Sri Lanka, qu’est-ce que ça évoque en premier ? Des plages de sable ou des temples bouddhiques perdus au milieu de la jungle ? Il faut croire que c’est plutôt la deuxième option qui est retenue car des français, on en croise des foules depuis le début des vacances scolaires (et comme pour le menu en russe, quand les vendeurs de souvenirs t’accueillent avec un « bonjour ça va bien ? » en français dans le texte, c’est que tu n’est pas le premier à venir). Bref, c’est l’heure de parler bouddhas et vieilles pierres, bienvenue dans le « Triangle Culturel ».

Tiens, voilà du bouddha…

Déjà pourquoi cette appellation ? Parce que dans un espace relativement restreint délimité par les villes de Kandy, Sigiriya et Polonnaruwa (un triangle donc) on atteint un taux de vestiges archéologiques au kilomètre carré à faire tomber un Champollion en syncope. C’est la fête du Bouddha, l’orgie de l’UNESCO, la profusion de villes aux noms imprononçables au premier essai, l’abondance de vieilles pierres, l’excès de temples, la prolifération de capitales en ruines ! Le tout dans un décor de rizières, de jungle, de lacs, de daims et de varans qui se baladent peinards sur les sites… Bref c’est dépaysant.

Et c’est encore mieux, vu d’en haut…

Kandy, Sigiriya et Polonnaruwa, auxquelles on va rajouter Anuradhapura (et tant pis pour le triangle) ont toutes été à un moment de leur histoire capitales de l’île. Plus ou moins longtemps. De façon plus ou moins marquante. Kandy fut la dernière, celle dans laquelle le dernier roi indépendant de l’île s’est rendu aux anglais. Ça reste encore aujourd’hui la capitale culturelle de l’île. Mais la ville est surtout connue pour abriter le temple le plus important de tous : le Temple de la Dent.

Qui, comme son nom l’indique, abrite une relique de la dent de Bouddha, dérobée sur son bûcher funéraire. Dent qui a beaucoup voyagé et a été conservée dans toutes les villes citées plus haut avant de finir à Kandy. Enfin, c’est comme pour les morceaux de la croix de Jésus, il faut le croire sur parole : disons que le temple abrite un reliquaire dans lequel on prétend qu’il y a la dent. Les fidèles, eux, ne se posent pas de questions (c’est littéralement leur nature, de ne pas se poser de questions) et affluent de tout le pays pour y déposer des offrandes et pouvoir, à certaines heures de la journée, avoir la chance de passer deux secondes devant une petite fenêtre depuis laquelle il est possible d’entrapercevoir le reliquaire placé à 20m de là. C’est court mais il ne s’agirait pas de brader le sacré au tout-venant. L’ambiance dans le temple au moment de l’exposition est complètement incroyable: le temple devient une ruche d’être humains.

Et si jamais vous vous demandez, la dent est dans cet mini stupa doré

Kandy ne se résume pas à son temple, aussi vivant soit-il. C’est une ville très animée offrant à chacun ce qu’il cherche: plein d’autres temples aux environs (des fois qu’on en manque), des spectacles de danse, un joli petit lac, une excellente pizzeria (ça ne fait pas de mal après des semaines de rice and curry) et un des plus beaux jardins botaniques du pays. Et en plus, on avait le plaisir d’y occuper un penthouse avec vue sur le lac…

Hop un autre temple hindo-bouddhiste

Les jardins botaniques datent bien sûr de la période coloniale anglaise mais les sri lankais en ont pris grand soin depuis. D’une surface de plus de 60 hectares, ils sont logés dans la boucle d’une rivière et présentent absolument tous les arbres tropicaux connus, toutes les fleurs, toutes les plantes, le tout entouré de pelouses impeccables. Cela va des fromagers aux figuiers, des orchidées aux palmiers, des ébènes aux cactus et on y trouve même le très rare coco fesse en provenance des Seychelles (l’arbre avec la plus grosse graine du monde).

Et pour compléter notre collection d’animaux exotiques, la partie nord du parc accueille une colonie de plus de 24 000 renards volants ! (oui c’est le nom officiel, et ils ont beau être impressionnant avec leur plus de 1 m d’envergure, ils sont frugivores)

Sur le chemin de Sigiriya (dont on parle juste en dessous) arrêt à Dambulla. Non, il ne s’agit pas d’une ancienne capitale (pas toutes les villes quand même). Il s’agit d’un site encore sacré aujourd’hui où des bouddhas ont été taillés directement dans le rocher, au fond de grottes qui ont été elles-mêmes complètement décorées. Quand on dit complètement, cela veut dire peinture sur tous les murs et le plafond. Il y a un total de cinq grottes mais il faut bien reconnaître que l’effet « wahou ! » est obtenu en entrant dans la deuxième : un immense cavité de plus de 50m de long sur 7m de haut, richement décorée de 75 statues, aux parois recouvertes de fresques pleine de finesse et de goût sur toute sa longueur.

Un singe illettré, en train de manger des offrandes

Enfin c’est l’arrivée à Sigiriya, LE site parmi les sites, celui que même ceux qui ne connaissant pas le pays ont forcément vu dans un reportage ou un autre, le site que nous avions mis en avant pour illustrer le Sri Lanka sur l’article « Unesco » de ce blog, bref le truc incontournable quand on visite ce pays. Il faut dire que le lieu est unique, tout comme son histoire.

Pour la faire courte : un prince tue son père le roi et envoie son frère en exil (mais pourquoi ne le tue-t-il pas aussi dans la foulée ?) puis devient roi. Evidemment son frère l’a prévenu : un jour je reviendrai, et tu regretteras d’avoir piqué mes légos. Du coup le nouveau roi décide de quitter sa capitale et d’en fonder une nouvelle, imprenable. Il trouve ce rocher, le Rocher du Lion, qui lui semble parfait. En quelques années, il fait araser le sommet et y installe sa ville qu’on ne peut atteindre que par des escaliers vertigineux. Tout autour, des remparts protègent la ville basse et de magnifiques jardins. Le plan était parfait. Le frère revient comme prévu. L’autre l’attend, du haut de sa montagne. « Ah ah tu peux pas venir me prendre ! » « Non , c’est vrai » « Alors tu vas faire quoi ? » « Je vais t’assiéger jusqu’à ce que tu meurs de faim » « Hein quoi ? Mais mon plan était parfait! Noooooooon ! ». Voilà, fin de l’histoire, c’était le conte le moins épique du monde. Le roi mégalo fut tué, sa ville abandonnée et elle retourna à la jungle après seulement 18 ans de service, sans plus de modification. C’est précisément cela qui nous permet aujourd’hui de découvrir un site toujours fascinant.

Oui c’est bien au sommet de ce rocher qu’on grimpe
On passe entre des pattes de lion sculptées et ensuite ben… faut pas voir le vertige (dommage c’est le cas de Yoann)

Au sommet, on se rend mieux compte du travail de dément qu’il a fallu accomplir pour rendre cet endroit viable. Le rocher a été méticuleusement aplani au burin sur d’immenses surfaces et de larges terrasses ont été aménagées. La ville haute était organisée selon un système pyramidal, à chaque étage duquel on retrouvait des bassins pour l’eau potable et même une immense piscine à l’étage le plus bas. Le tout à 200m au-dessus de la plaine avec une vue panoramique sur la jungle. Époustouflant!

Nous arrivons très bientôt à la fin de notre voyage au Sri Lanka (on en part le 23 février, vers les Philippines) et nous n’en tirons que du positif. D’ailleurs les enfants étaient sincèrement étonnés que ce soit déjà fini. Visiblement le temps a passé vite et on imagine que c’est plutôt bon signe. D’ici là, il nous reste une capitale à visiter et un dernier jour de plage. On vous racontera ça bientôt dans la « Part 2 ».


5 réponses à « Triangle culturel – Part 1 »

  1. Avatar de lancien
    lancien

    Nous aussi on se fait spontanément la même remarque que les enfants : « quoi c’est déjà la fin du Sri Lanka », tant nous avons aimé le vivre avec vous, étape par étape, découverte après découverte. Entre le texte et les trop belles photos on est en immersion totale. Mais franchement cela ravive aussi notre envie de voyager…

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  2. Avatar de lancien
    lancien

    Une question concernant Sigiriya : toute cette eau en haut du rocher c’est la pluie qui l’apporte, ou bien y a t’il un système pour la monter là haut ?

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    1. Avatar de La grande famille

      S’il y avait un système pour monter l’eau au sommet ce serait du génie absolu étant donné que le sommet domine tous les environs (pas d’effet château d’eau). Non pour ce qu’on en vu c’est juste la pluie.

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  3. Avatar de Tamsin
    Tamsin

    Breathtaking! A wow factor! Sri Lanka was on my bucket list and is crawling to the top. Beautiful place and history 😘

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  4. Avatar de Mamou
    Mamou

    Bravo Yoann, je comprends qu’il a dû souffrir pour monter à Sigiriya mais ne pas le faire aurait été très décevant compte tenu de l’aspect époustouflant de ce site. Que des merveilles encore entre les grottes décorées et les bouddhas sculptés. Et les racines hallucinantes des fromagers, on se dit que la nature fait des merveilles. On attend la suite avidement

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