Pas de titre alambiqué pour le post du jour : Manille, simple, droit au but. Tout simplement parce que cette ville est complexe et difficile à appréhender. Et qu’il est difficile de la définir élégamment en trois mots. Vue d’occident, on ne peut pas dire qu’elle ait une bonne image. Et soyons honnêtes, ce n’est pas une ville aimable au premier abord : immense, tentaculaire, parsemée de nombreuses tours construites à la va-vite, des autoroutes urbaines, de la circulation partout, du bruit, de la pollution. Tout ça sans compter l’image de pauvreté, voire d’insécurité, qui lui colle à la peau (mais pour ce qu’on en a vu, ce n’est pas pire que dans d’autres cités asiatiques déjà traversées). Audrey la trouve sans intérêt majeur (comme l’immense majorité des visiteurs, là aussi soyons honnêtes) quand Vincent serait plus enclin à lui laisser une petite chance.

Car Manille a tout de même des excuses. A commencer par son passé tumultueux. Si elle fit l’orgueil des espagnols, dont elle était la tête de pont asiatique, elle fut complètement rasée lors de la seconde guerre mondiale lorsque les japonais et les américains la prirent pour terrain de jeu. Il a fallu reconstruire, et sans schéma directeur. La population déplacée est venue s’installer en périphérie créant quartier précaire sur quartier précaire. Mais il existe aujourd’hui une réelle volonté de faire de cette ville un meilleur endroit. Aménagement d’une plage le long de la Baywalk, réaménagement de certains quartiers…

Et puis il y a le quartier dit Intramuros, à l’intérieur des ancienne fortifications espagnoles, qui a été reconstruit entièrement à l’identique d’avant guerre, bel effort de préserver le patrimoine dans cet environnement. De belles maisons coloniales, la plus ancienne église du pays ayant réussi à survivre aux tremblement de terre comme aux bombardements, des petites ruelles pavées, bref un bel endroit.

(et à l’intérieur d’Intramuros, il y a le Fort Santiago… des murs dans des murs en somme)

Et par dessus tout, c’est une ville vivante, changeante, dont les habitants vivent dans la rue le soir, quand la nuit tombe et que la température est douce. Les enfants jouent au badminton au milieu de la circulation, les vieux discutent assis sur les bancs… Peut-être que dans quelques années, elle méritera un peu plus que les deux jours que nous y avons passés, qui sait ?

Et puis il y aussi les jeepneys, ces transports collectifs typiquement philippins aux décos colorées super imaginatives.
Toujours chaud pour tester de la street food, surtout quand elle ne ressemble à rien de connu ! Là il s’agissait d’une sorte de tofu chaud avec des perles de gelée transparente, le tout recouvert de sauce caramel. Bon comment dire autrement que … étrange…
Mais ce n’est rien à côté du halo-halo (ça veut dire mélange) le dessert national : des fruits au sirop, du maïs, une glace violette au goût indéterminé, de la glace pilée et et du lait concentré. Parce que pourquoi pas après tout ?

Lors de la deuxième journée sur place, nous avons fait une visite plutôt originale (d’ailleurs on n’a pas vu l’ombre d’un seul autre touriste à l’horizon) : le cimetière chinois. En fait, le nord de la ville est occupé par deux immenses cimetières: l’un est public et de nombreuses personnes vivent dedans (on parle de 6000 habitants) ! L’autre, celui que nous avons visité avec un guide (quasi indispensable vue la taille du lieu) est très majoritairement occupé par des chinois – d’où son nom – et même par des chinois catholiques (et ça c’est moins fréquent).

Non ce n’est pas un temple, c’est une tombe

Tout ça date des espagnols donc certains mausolées ont de l’âge. Car oui, ici, pas de tombes “classiques” mais uniquement de larges mausolées ressemblant à de petites maisons. Les concessions ont une durée 25 ans et quand on ne peut plus payer (1M de pesos, soit 15000 euros quand même) on se fait virer manu militari.

T’as pas payé ta cotis’ ? Pas de chichis, on ouvre ta tombe à la barre à mine et on met tes restes dans la fosse commune.

Si on additionne les coûts d’achat et d’entretien, on sent bien que ce cimetière n’est pas ouvert à tous, même si là aussi il y a la classe moyenne et les riches. Car ce qui fait l’originalité du lieu, en plus de l’architecture générale – clairement art déco – c’est que ces mausolées sont aménagés comme des lieux de vie complets avec toilettes, douches, cuisines et parfois étage en terrasse avec télé et clim. Tout est fait pour accueillir les familles nombreuses lors de la fête des morts chinoise ou à la Toussaint. C’est alors une grande période festive, le cimetière est noir de monde et on y vient avec les enfants pour que tout le monde ripaille en jouant au mah-jong. Ça doit être sympa d’y passer une tête à cette période de l’année…

Nous sommes depuis partis de Manille et nous écrivons cet article depuis les montagnes du nord de l’île de Luçon, connues pour leurs rizières en terrasse. Rizières que nous visiterons demain car aujourd’hui c’est relâche. En effet pour venir jusque là nous avons dû nous coltiner 9h de bus de nuit. Nuit qui n’a pas été de tout repos entre la route qui tourne, les cahots du bus, les freinages brusques, les arrêts fréquents avec à chaque fois allumage de toutes les lumières pour être certain de bien réveiller tout le monde, sans compter les sièges qui ne descendent pas bien en position allongée et qui nous font glisser vers le bas (on aura été trois à vivre cette sensation de devoir re-grimper sur notre siège toute la nuit). Bref on se pose devant la vue et on profite…

Sympa le nouveau bureau non ?

(et en guide de conclusion il semble utile d’ajouter, comme l’aurait dit la comtesse, que nul ne mettra le feu à Manille)


5 réponses à « Manille »

  1. Avatar de Mamou
    Mamou

    Quelle découverte ! Je ne sais rien des Philippines et j’ai très apprécié la visite de Manille. Les enfants se souviendront de leur nuit en bus. J’espère qu’il était aussi décoré que ceux de Manille 🤣🥰🥰🥰🥰🥰

    J’aime

  2. Avatar de Emmanuel Picard
    Emmanuel Picard

    Tofu chaud-perles de gelée … je note cette expérience culinaire, mais sait-on jamais.
    Les montagnes et rizières de Luçon feront partis de notre TDM, je vais saliver a vous lire.
    Bonne récupération de ce périple routier, bonne continuation

    J’aime

  3. Avatar de annieee779001d5
    annieee779001d5

    On retrouve avec plaisir, sur les photos les jeepneys décorés que nous avons pu tester lors des déplacements dans Manille.
    Mais que de changements, ils ont beaucoup grossi !

    J’aime

  4. Avatar de annieee779001d5
    annieee779001d5

    Belles photos qui nous ont permis de découvrir d’autres curiosités de la ville

    J’aime

  5. Avatar de Anne Mondoloni
    Anne Mondoloni

    euh sincèrement chapeau moi jamais je goûte ces trucs gélatineux et colorés….

    après je ne sais pas si malgré les jolies photos j’aimerai faire un séjour sur Manille …

    J’aime

Répondre à annieee779001d5 Annuler la réponse.