Waouh, 10 jours ! C’est certainement le plus gros écart entre deux articles depuis que nous avons ouvert ce blog ! Alors forcément, il va falloir scinder en plusieurs articles tout ce qu’on a à raconter, sous peine de vous faire risquer l’indigestion. Voici déjà la première !
Il y a deux très bonnes raisons à ce silence: la première – et principale – c’est que nous avons atteint des contrées où il n’y a plus que très rarement de la 4G (ne parlons même pas de WiFi). Pas moyen de charger les photos… D’ailleurs, il est assez ironique de constater que même dans les coins les plus reculés du Kenya, du Sri Lanka ou des Philippines, nous avions quasiment toujours du réseau mais que le pays où nous en manquons le plus est le plus développé de tous ceux que nous avons visités pour le moment. La deuxième raison était bien plus triviale : pendant quelques jours, nous n’avions pas grand chose à raconter. Arrivés dans la ville de Broome (la première vraie ville dans laquelle nous mettions vraiment les roues depuis Perth), nous avions initialement prévus d’enchaîner avec 6 jours d’aventures sur la mythique Gibb River Road, une piste de 660km de long reliant les villes de Derby à l’ouest et de Kununurra à l’est.

Sauf que voilà, il y a eu un petit grain de sable dans ce plan si minutieusement (pas !) préparé : nous sommes arrivés beaucoup trop tôt dans la saison ! En effet, si le mois d’avril se prête parfaitement à l’exploration du sud de l’Australie Occidentale, le nord n’est littéralement pas accessible avant mai. Et qu’est-ce qui bloque le nord ? Un élément que nous étions loin d’attendre ici : de l’eau ! Dans le nord, bien plus tropical, la saison humide ne finit qu’en avril. Des trombes et des trombes d’eau sont tombées pendant des mois, rendant les routes totalement impraticables. Avant de repartir pour la saison sèche, il faut donc resurfacer toutes les pistes. Mais même ça, ce n’est pas encore suffisant, car la plupart des passages à gué (et ils sont nombreux) sont encore bien trop profonds pour être traversés sans risque. Bref, tout est fermé en attendant que l’eau s’en aille. Cela ne manque pas d’ironie quand on sait qu’on n’a pas reçu une once de goutte de pluie depuis le cyclone à Exmouth et qu’il fait 36°C au plus chaud de la journée. Étonnant pays…

Bref, la Gibb Road est fermée jusqu’à nouvel ordre dans sa partie centrale (encore à l’heure où nous écrivons). Mais par chance, la météo justement clémente nous a permis d’espérer une ouverture anticipée de certains des parcs nationaux sur sa partie ouest. D’après l’office des parcs de Broome, si tout se passait bien, le 24 avril, nous aurions la possibilité de faire un petit bout de Gibb. Restait donc à tuer trois jours à Broome (l’avantage quand on improvise le programme, c’est qu’on peut se permettre ce genre de pause). Et là encore ce ne fut pas évident. Car si Broome en pleine saison est apparemment une ville vibrante et très animée, hors saison c’est complètement mort. En fait c’est presque déprimant de voir la ville vide à ce point. En marchant dans les rues à midi (certes sous la chaleur) on ne croisait absolument personne. Le seul moment de la journée où la population réapparaissait, c’était au coucher du soleil. Car oui, les couchers de soleil à Broome sont absolument extraordinaires.

Plus exactement, il faut se rendre sur la plage de Cable Beach, à l’ouest de la ville. Un immense croissant de sable de 22km de long, aussi blanc que fin, adossé aux dunes face à l’immensité de l’océan Indien. Absolument toute la ville s’y retrouve chaque soir dans un ballet étonnant (mélange de piétons, de 4×4 et de dromadaires). Mais c’est vrai que ça vaut le coup d’œil et nous y sommes retournés quasiment chaque soir.






Quand on cherche des activités pour s’occuper soi-même et ses enfants, on finit par trouver. Après une journée de gland… euh… de repos bien mérité autour de la piscine du camping, nous sommes allés nous donner des frissons pour pas (trop) cher en visitant un refuge pour crocodiles. Oui, on ne l’avait pas précisé mais qui dit beaucoup d’eau, dit beaucoup de crocos. Et on ne rigole pas avec ce sujet ici, il y a des morts chaque année. Car si le croco d’eau douce (le “freshie”) n’est pas agressif et laissera au pire un souvenir sanglant sur la jambe d’un touriste un peu trop curieux, il n’en est rien pour le croco marin (le “saltie”) le plus grand croco du monde, qui bouffe absolument tout ce qui passe à sa portée (un humain pour lui, c’est un apéricube). Un prédateur qui, de plus, porte mal son nom puisqu’il supporte aussi très bien de vivre dans les rivières. Bref, quand, dans le coin, il y a un signe “ne pas se baigner”, placé juste à côté d’un mignon petit lac, tu le respectes. Et si d’aventure les australiens trouvent une gros truc plein d’écailles, long de 6m et bien vénère, qu’est-ce qu’il font ? Soit ils lui tirent dessus, soit ils l’attrapent pour le refourguer au refuge dont il est question en début de paragraphe.

Et on peut vous assurer que voir les bêtes de près, même derrière un grillage (qui d’ailleurs nous semblait vraiment trop mince au vu du gabarit des monstres) c’est complètement impressionnant. Rien que le bruit de leurs mâchoires qui claquent pour attraper un poulet au vol est effrayant. Mais le pire, c’est le les voir déambuler à même pas 1m de nous, l’œil “mauvais” (OK on sait bien que les crocos ne sont pas mauvais, ils vivent leur vie de prédateur un point c’est tout, mais bon sang, certains ont vraiment l’œil sadique) en sachant très bien que seule une petite barrière en métal nous sépare d’une mort atroce.









Le guide valait aussi son pesant de Vegemite : un accent australien à couper au couteau, une coupe de cheveux des années 70, un amour inconditionnel des crocos et une facilité à les regarder dans les yeux sans ciller.

En sortant de la ville, on retombe très vite dans le grand australien. Comme on avait envie de jouer un peu et de sortir des rues pavées et bordées de baobabs, nous avons suivi une piste longeant la côte vers le nord. Pas de gués à traverser, juste un peu de sable, donc très facile à gérer pour les experts du 4×4 que nous sommes devenus. Tout ça pour attendre des portions de plage loin de tout, avec quasiment personne autour (oui c’est assez fréquent en Australie, on vous l’accorde). Juste le bruit des vagues et des oiseaux de mer, les falaises rouge vif, le sable blanc et la mer infinie (comme le faisait remarquer le frère de Vincent, il faut aimer le rouge en Australie, d’ailleurs même nos vêtements ont fini par prendre cette coloration).









En dehors des couchers de soleil, il existe une autre curiosité par laquelle Broome se distingue : c’est l’un des endroits au monde où l’on peut voir le plus d’empreintes de dinosaures, et des plus variées. Caractéristique inhabituelle : ces traces sont la plupart du temps recouvertes par la mer et il faut attendre les marées de grande amplitude pour pouvoir les admirer (les marées sont ici parmi les plus fortes de l’hémisphère sud). Puisqu’on attendait pendant trois jours, on a pu trouver un bon créneau avec une guide pour nous expliquer où et quoi regarder. Car si une fois qu’on sait où poser les yeux, ça devient évident, il n’est pas sûr que le novice se dise tout de suite « ah ça c’est sûr c’est un diplodocus ! ». En gros, il y avait deux types de traces sur le spot qu’on arpentait : celles des sauropodes (type brontosaure) bien circulaires et très marquées (par le poids du bestiau) et celles des théropodes (famille du T-rex) en forme de feuille de cannabis (oui c’est une image qui doit parler à plein de gens).





La lune d’un côté, le soleil couchant de l’autre, le plaisir de la traque aux traces de dinosaures au milieu des rochers. Résultat : une douce soirée avant de repartir sur les pistes poussiéreuse du Kimberley…



Fin de la première partie !

