Suite de l’article sur le nord et la région de Kimberley

Vous pourrez dire que c’est obsessionnel. Qu’au fond, nous ne prenons notre pied que loin de tout et en particulier de tout le monde. On aimerait dire que non mais c‘est complètement vrai, surtout pour Vincent qui ne kiffe rien tant que les pistes défoncées et les nuits à la belle étoile. Et une nouvelle fois, nous avons rejoint l’endroit le plus paumé du monde. Oui, on vous l’a déjà sortie cette phrase-là, mais on était encore naïf et crédule. On n’avait pas encore expérimenté le vrai et grand rien. Cette fois, au bout du premier tronçon de la Gibb River Road, la ville la plus proche était à 4h de piste (bon, de la très bonne piste, on le concède) mais il s‘agissait d’une « ville » de 1500 habitants. La première vraie ville, c’était 6h de route. Mais ce qui était le plus extraordinaire c’est que nous étions parmi les premiers à venir dans ce coin depuis plus d’un an.

Petite pause au baobab-prison de Derby juste avant de quitter la route principale (un arbre vieux de 1500 ans)
Et c’est parti pour des centaines de kilomètres de piste !

Retour en arrière : en janvier 2023, une crue centennale a tout ravagé sur des centaines de kilomètres carrés, emportant les ponts et coupant le nord du pays en deux. Tous les parcs nationaux de la région ont été fermés dans la foulée pour la saison 2023, qui court d’avril à septembre. Puis rebelote pour la saison des pluies autour de décembre 2023 et réouverture… rien que pour nous le 24 avril 2024 ! Nous faisions partie des pionniers. Et finalement, nous avons eu une chance incroyable. L’ouverture des gorges de Bell et du camping de Silent Grove étaient tellement fraîches que les autorités n’avaient pas encore enlevé tous les panneaux « closed » à l’entrée des différentes routes (mais on avait bien vérifié en amont, sûr de sûr c’était ouvert !). Ce sentiment d’arriver sur une terre vierge, littéralement non défrichée, c’était juste merveilleux.

Là ça passe. Y a quelques jours, ça ne passait pas !
Arrivée au camping de Silent Grove. Rien que nous et les moustiques (oui, on a remplacé les mouches par les moustiques, il y a toujours un truc pour te faire ch… dans ce pays)

Mais pourquoi s’embêter à venir s’y loin, nous direz-vous ? Est-ce qu’il y avait vraiment quelque chose à voir au bout de tout ce chemin ? Et bien pas qu’un peu. L’endroit le plus lointain que nous avons rejoint avant de faire demi-tour, bloqués par la fermeture de la route s’appelle Bell Gorge. Et c’est tout simplement un des plus beaux endroits dans lequel nous sommes passés en Australie. Et pas seulement beau, juste parfait pour une famille avec des enfants qui ont juste envie de s’éclater dans des cascades, de sauter de bassins en bassins, de nager dans le courant, et de s’éclabousser d’eau fraîche quand le mercure grimpe à des hauteurs record à l’extérieur. Et tout ce terrain de jeu pour nous tout seuls…

En route vers la suite…

Le lendemain, nous sommes partis explorer les gorges de Windjana. Cette fois malheureusement, pas de possibilité de se baigner malgré (ou à cause de) la présence de beaucoup d’eau dans la gorge : un panneau à l’entrée indiquait la présence possible de « salties », les crocodiles marins. Une petite déception pour les enfants qui se sont rattrapés en faisant des ricochets. Si les roches sur les photos vous semblent d’un aspect bien différents de celui des Bell Groge, on peut dire que vous avez l’œil ! En effet ces gorges sont taillées à l’intérieur d’un ancien massif corallien, surélevé par les mouvements tectoniques. Le calcaire ainsi mis à nu est érodé en pic pointu par l’eau et le vent: ça n’est aps sans nous rappeler – avec plaisir – les paysages de Coron aux Philippines (ça nous semble déjà bien loin) !

Toujours plus loin sur la piste, nouvel arrêt au Tunnel Creek. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un véritable tunnel creusé au travers du massif calcaire par un petit ruisseau. Une rivière souterraine d’un kilomètre de long qu’on peut parcourir à pied et… à la nage. Evidemment, la grotte est plongée dans l’obscurité donc obligé d’y aller à la frontale. Y compris pour les parties natation ! Nager dans l’obscurité et l’eau fraîche est déjà quelque chose d’impressionnant. Mais si on ajoute que cette grotte abrite quelques crocos d’eau douce (ceux qui ne sont pas mortels, vous vous souvenez ?) alors vous comprendrez que peu nombreux sont ceux qui tentent la traversée. Et certainement pas Audrey 🙂 Mais évidemment qui n’a pas pu s’empêcher d’y aller et d’entraîner sont fils Florent au passage ? On vous laisse découvrir les photos.

Sortant de la Gibb par le sud, puisque la voie vers l’est nous était fermée, nous avons rejoint la Great Northern Highway. Au passage les noms de routes ici sont tellement plus classes que ceux qu’on utilisent en France ! Chez nous, pour aller dans le nord, on prend l’A1. C’est triste comme un jour de pluie en Picardie. Ici on prend la Great Northern Highway ou l’Indian Ocean Drive. C’est carrément plus classe, non ? Bref nous avons retrouvé le bitume et sa limitation à 110 pour aller dormir le soir dans une « station » de bétail détenue par des aborigènes.

On va se permettre de faire ici un paragraphe sur ce qu’on a vu des aborigènes. Déjà, la région de Kimberley, là où nous nous trouvons, est celle comportant la plus forte proportion de populations natives (environ 50%). La plupart du temps, ceux qu’on croise dans les villes font vraiment peine à voir. Traînant en haillons, sales et souvent alcoolisés (et malheureusement souvent responsable de violence et de vols). Mais apparemment, dans les communautés, là où ils vivent à l’écart du reste du pays, ça se passe beaucoup mieux. Les traditions restent vives et le niveau de vie est bien meilleur. C’est un peu ce qu’on avait voulu voir en s’arrêtant à Mimbi Caves, un endroit détenu et opéré par les peuple Gooniyandi.

Pour visiter l’immense réseau de grottes, nous étions guidés par une femme formidable, prénommée Rose. Rose a commencé par nous parler des plantes médicinales qui poussent sur place et qu’elle dit encore utiliser pour elle-même. Mais elle nous a aussi beaucoup parlé des enlèvements d’enfants qui avaient encore lieu dans les années 60, quand le gouvernement prenaient les enfants dans les familles aborigènes pour les “éduquer” loin de leurs parents. Elle nous raconte comment les enfants essayaient de se cacher dans le bush, se couvrant de boue et de noir de charbon pour ne pas être vus. Quand ils étaient trouvés, on changeait leur nom et on les envoyait loin de chez eux, ainsi une fois adultes ils auraient un mal fou à retrouver leurs origines. Tout ça pour aller travailler sans être payés dans des stations de bétail un peu partout dans le nord de l’Australie. Elle nous a parlé de cette “stolen generation” et nous a dit l’avoir elle-même échappé belle, puisqu’elle a dû à un seul homme, s’interposant devant les policiers et prétendant être son père pour empêcher qu’elle ne soit enlevée. Poignante histoire… Au regard de ces drames, on se dit qu’on comprend mieux qu’une partie des aborigènes ait tant de mal à s’intégrer dans une vie « normale ». Ceci étant dit, Rose nous parlera aussi de l’importance chez les aborigènes du respect aux aînés mais que, malheureusement, cela se perd et qu’il est dur d’élever les ados aujourd’hui, toujours sur leur téléphone (ça c’est pareil partout !).

Et ceci étant dit, la visite des grottes elles-mêmes était formidable. Le système cavernicole est incroyablement complexe, un vrai labyrinthe recelant lac souterrains, boyaux étroits autant que halls immenses. L’un dans l’autre, c’était une super visite, absolument pas prévue dans le « programme » initial mais que les événements ont rendu possible, ce dont on se félicite.

Et encore une fois la possibilité de sortir de la grotte en nageant ! On retrouve toujours les mêmes…

Suite et fin de la partie Nord dans le troisième chapitre.


2 réponses à « C’est le Nooooord – Part 2 (Gibb River Road) »

  1. Avatar de Mamou
    Mamou

    Vous me faites peur avec vos crocos d’eau douce qui peuvent être des crocos de mer ! Changement de décor avec ces grottes et le contact avec les aborigènes est enrichissant et poignant.

    Toujours des photos magnifiques dans les cascades, la traversée de certains gués devait être angoissante 😱​

    J’aime

  2. Avatar de lancien
    lancien

    Super beau les « belles gorges » (trop facile celle là, tu n’a pas osé). Cela valait effectivement le grand détour.

    C’est fou tout ce que ce pays prétendu désertique peut offrir de merveilles.

    Pour la baignade en grotte c’est courageux et même téméraire. 
    Les « freshies » sont ils aussi débonnaires que cela ? Je n’aurai pas osé vérifier. Ne le refaites plus par pitié…

    J’aime

Répondre à lancien Annuler la réponse.