Le Yucatán c’est sympa mais c’est quand même super plat (et plein de jungle). On peut affirmer, sans vexer personne, que ça manque de paysages variés (on ne compte pas les plages, c’est hors sujet en ce qui nous concerne). C’est pour cette raison, entre autres, que nous étions avides de découvrir la région de San Cristobal de la Casas, une ville située à 2200m d’altitude, au sud de l’état du Chiapas. Longtemps capitale officielle de l’état mais dépossédée de ce titre par sa voisine Tuxtla, elle n’en reste pas moins aujourd’hui la capitale culturelle officieuse, point de rencontre de toutes les communautés mayas qui vivent alentour. Et comme il s’agit d’une des toutes premières villes fondées en Amérique continentale par les espagnols, elle conserve de sa riche histoire un centre-ville joliment préservé. Les rues pavées y sont encore si étroites, les maisons colorées si typiques des maisons coloniales espagnoles, que les enfants parlaient d’un village… quand San Cris comporte tout de même plus de 200.000 habitants. Mais c’est vraiment cette impression qui s’en dégage. Celle d’un village, un village andin même, paisiblement installé entre des collines vertes couvertes de sapins.

C’est peut-être dû à l’altitude mais ici, le matin, la lumière y est magnifique ! (mais attention à l’après-midi, on y reviendra plus tard). San Cristobal se découvre à pied, tranquillement, en déambulant dans les rues, en cheminant d’une place à l’autre…

…en levant les yeux au ciel sur la façade, toujours colorée, d’une église…

… en admirant le street art, présent sur de nombreux murs…

… en grimpant les escaliers menant aux deux collines surplombées d’une église qui offrent un magnifique panorama sur la ville et ses alentours…

Ou en s’essayant aux échecs dans le club du coin…

Au sommet d’un de ces escaliers justement, nous avons fait la connaissance d’une famille partie comme nous le 1er janvier (mais qui rentrent pour les JO, eux). Les enfants ont bien accroché, ils sont partis directement jouer ensemble au frisbee avec la casquette de Florent (qui, il est vrai, vole très bien) et on ne les a plus revus avant le déjeuner qu’on a pris tous ensemble. Ça doit leur faire autant de bien qu’à nous, de se décoller de temps en temps les uns des autres 🙂

Quand on vous disait plus haut que la lumière était magnifique le matin, c’était aussi pour insister sur le fait qu’il fallait absolument en profiter. Car ici la météo semble réglée comme du papier à musique : grand soleil le matin, déluge après 14h. On en a eu la preuve en visitant des grottes aux environs de la ville. On avait justement choisi cette activité en se disant qu’au moins, on se ficherait bien qu’il pleuve ou qu’il vente. Sauf que l’eau s’est invitée non seulement dans le parking, devenu un vrai lac, mais aussi dans les grottes elles-mêmes !

L’employée à l’entrée ne voulait pas nous laisser passer. Mais, avisant notre mine déconfite, elle nous a proposé de pénétrer juste 200m à l’intérieur, histoire de voir que l’eau avait coupé le chemin.

Ah oui ça passe plus…

C’était mal nous connaître : rien ne peut arrêter un Vincent obstiné et déterminé à passer.

Ben voilà, ça passe, il suffit de porter tous les membres de la famille un à un !

Pour ne rien gâcher, les grottes en question, qui suivaient une rivière souterraine (en crue donc), valaient franchement la visite.

Afin de rester dans l’ambiance « aquatique », nous avons fait une excursion dans le Canyon du Sumidero, dont le fond est occupé par un lac de barrage. Par conséquent, ni canyoning, ni rafting ou autre activité aventureuse en vue cette fois-ci. Uniquement une balade en bateau pour découvrir ce canyon impressionnant aux parois verticales surplombant la rivière de plus de 500m. Les guides annoncent 1000m de dénivelé mais c’est pour la frime (ou plus simplement à cause de la confusion entre altitude et dénivelé). Et le canyon n’a vraiment pas besoin de ça pour qu’on s’y sente tout petit…

Le clou de la visite, c’est indubitablement la cascade dite du « sapin de Noël », qui surgit de la paroi à 60m au dessus de fleuve et qui gagné son surnom grâce à sa forme générale triangulaire et ses concrétions calcaires recouvertes de mousse verte.

Mais le canyon se visite d’en haut comme d’en bas et nous avons rejoint ensuite les « miradores », les points de vue, pour profiter de la vue d’ensemble avant que l’orage ne tombe.

Rien à voir avec les points précédents, mais la dernière visite dont nous voudrions absolument vous parler sera aussi la moins « visuelle ». En effet, il est absolument interdit de prendre des photos dans l’église de San Juan Chamula. Et très mal vu également de prendre des photos de personnes dans la rue (on peut être accusé de voler l’âme de la personne visée).

C’est à la fois bien dommage mais surtout complètement compréhensible de la part des fidèles, qui veulent continuer à pratiquer leur religion sans devenir des bêtes de foire. Situé à seulement quelques kilomètres de San Cris, Sans Juan Chamula est majoritairement peuplée de Tzotziles, une peuplade maya qui a mélangé en un même culte les anciennes croyances (dieu du soleil et de la terre) et le christianisme des missionnaires espagnols. Ils pratiquent leur culte dans une seule église, ouverte 24h/24, et continuellement animée.

Dès la porte passée, on rentre dans un autre monde. Pas de bancs, pas de chaises, le sol est entièrement recouvert d’aiguilles de pins sur lesquelles les fidèles s’agenouillent. Sur les côtés, les statues des saints sont disposées dans des vitrines décorées d’énormes bouquets de fleurs. Et devant ces vitrines, de grandes tables sont couvertes de bougies allumées. D’ailleurs c’est ce qu’on remarque en premier en entrant (en plus des aiguilles de pin) : des bougies allumées. Partout ! Vraiment partout ! Et pas seulement sur les tables mais également par terre. Les fidèles qui viennent prier en tenue traditionnelle (peau de mouton teinte en noire) s’agenouillent sur le sol et y collent des rangées de bougies avec de la cire fondue. L’air est saturé de la fumée de cire (Florent a même fait un petit malaise à cause du manque d’oxygène). Des fidèles chantent, d’autres prient en silence… Ici on révère St Jean Baptiste (identifié au dieu Soleil) encore plus que Jésus.

Les gens viennent ici pour faire des demandes “classiques” ou remercier Dieu, mais aussi pour demander la guérison d’un mal qui les ronge. Ils s’installent alors dans l’église et un chaman (homme ou femme) vient éventuellement les aider. Une fois les bougies allumées, il est important de roter. Oui, roter pour libérer le mal qui est en soi. Si autrefois on utilisait du pox (l’alcool local) pour s’aider, aujourd’hui on privilégie l’efficacité et tous les fidèles ont devant eux une petite dizaine de bouteilles de Coca !

Le cimetière de la ville, à l’ambiance également prenante…

Mais la meilleure méthode pour guérir, c’est encore de transférer le mal qu’on a en soi sur un autre être vivant. Et pour cela, il y a les poules. Le chaman prend une poule vivante, la passe au-dessus des bougies puis au-dessus de la zone douloureuse. La poule prend le mal, puis on lui tord le cou et hop, le tour est joué. On verra plusieurs de ces volatiles entrer et sortir de l’église, pas dans le même état (sachant qu’il est interdit de manger la poule après, forcément puisqu’elle a pris le mal, ça fait un sacré budget poulet). Au passage, le malade n’a pas forcément besoin d’être présent, la guérison marche également avec la photo de la personne qu’on veut soigner.

La visite était intrigante, étonnante, mais avant tout passionnante et on remercie les Tzotziles de continuer à permettre aux touristes que nous sommes de venir découvrir leurs coutumes. La cohabitation semble pour le moment bien se passer mais nous étions en basse saison, à la fréquentation faible. Qu’en est-il en saison haute ?

Voilà, c’est tout pour ce long article sur le Chiapas, une région fascinante qu’on aurait aimé découvrir encore plus en profondeur si ses confins avaient été un peu plus sûrs. Nous remontons désormais vers la côte ouest du Yucatán pour finir la boucle de notre road-trip vers Cancun. Hasta Luego !


2 réponses à « Le Chiapas, une mise en relief méritée »

  1. Avatar de m
    m

    Merci pour ce reportage très fouillé sur les coutumes religieuses des. Tzotziles. Photos du canyon impressionnantes. Bon retour à Cancun via quelques sites Mayas au passage 😍😍😍😍😍

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  2. Avatar de Chicouf
    Chicouf

    Le chamanisme perdure aussi au Guatemala.Nous avons pu assister, lors de notre voyage , à une queue de villageois afin d’obtenir des conseils ou une guérison du chaman sans pour autant voir des sacrifices de volailles

    Pour vous c’était encore plus impressionnant d’être témoin de ces pratiques.😱

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